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DIESA est une organisation catalane fondée en 1992 qui gère une chaîne de restaurants et de cafés dans la région de Barcelone : 28 restaurants avec 300 employés dont 140 sont issus de l’immigration. Environ 1/3 des cadres, soit 10 à 12 sont d’origine immigrée.

Pour le responsable, l’Espagne a changé ces dernières années. Dans les années 90, de nombreux Espagnols sont partis à l’étranger pour obtenir un emploi. Maintenant, c’est différent. Il est très difficile de trouver suffisamment de salariés qui souhaitent travailler dans la restauration et le recrutement s’est orienté vers des personnes d’autres pays, en particulier de Roumanie et de Bulgarie. Ceci s’est avéré être une expérience très positive. Pour rechercher des collaborateurs à l’étranger DIESA fait un profil de la personne qu’ils souhaitent employer avec les compétences requises. Ce processus prend au moins un mois. Une fois la personne en Espagne, elle est aidée pour trouver un endroit convenable pour vivre. Trois semaines de cours de langue sont proposées aux nouveaux arrivants avec un accent particulier sur le langage du travail. Ensuite, ils commencent à travailler à temps partiel tout en suivant des cours sur la culture espagnole et d’autres sujets (en 2008, 48 modules professionnels différents). La plupart des employés ont un contrat d’un an. 95% souhaitent le prolonger. S’ils veulent faire venir leurs familles, DIESA peut également les aider.

Embaucher des personnes d’autres pays est un processus long et bureaucratique. Il faut 4 mois pour employer 10 personnes, mais pour le responsable, cela vaut la peine. L’organisation a aussi grand besoin d’employés capables de prendre des responsabilités. Cela donne des opportunités aux personnes les plus compétentes, qui se voient offrir un travail d’encadrant mieux rémunéré. La direction est tout le temps en recherche de personnes qui peuvent assumer un rôle d’encadrement. Chaque année, les employés sont évalués sur la façon dont ils se comportent avec leurs collègues et avec les clients, la façon dont ils résolvent des conflits et pour s’assurer qu’ils aiment leur travail. Katya G. a toujours été évaluée positivement.

Entretien avec Katja G.

Katja a été recrutée en Bulgarie par DIESA. Après 2 ans elle est devenue responsable de secteur de deux cafés de la ville de Manresa. Elle sait comment créer une bonne atmosphère à la fois parmi les employés et les clients. Lorsque son responsable a dit combien il était content de son travail, la direction a décidé de lui donner davantage de responsabilités.

Katja, avez-vous appris à parler espagnol ici en Espagne ?

Oui, en assistant aux cours de langue. Mais je ne savais pas que le catalan est également une langue officielle. Je ne le maîtrise pas encore, je mélange les deux langues tous le temps, mais je continue d’apprendre. Les clients apprécient l’effort que vous faites à parler le catalan, mais ils commencent souvent à prendre la parole en « castellano ».

Vous êtes responsable d’un groupe d’employés d’origines très différentes, des Roumains, des Bulgares et des Espagnols. Comment gérez-vous cela ?

Je traite l’équipe comme je fais avec mes amis. Nous discutons des choses et nous nous mettons d’accord sur ce qu’il faut faire dans différentes situations. Au début, c’était difficile de donner des ordres, mais maintenant je pense qu’ils me respectent.

Quel type d’éducation et d’expérience professionnelle avez-vous eu en Bulgarie ?

J’ai suivi une formation de 3 ans dans la restauration. Et j’ai travaillé 4 ans comme serveuse dans Bulgarie.

Comment avez-vous connu la possibilité de travailler ici à Manresa ?

J’ai vu une annonce dans un magazine édité par le Ministère du travail en Bulgarie. J’ai postulé et a été invité à venir pour un entretien.

Avez-vous trouvé la culture managériale en Espagne différente de la Bulgarie  ?

Non, pas du tout.

Qu’est ce qui vous a le plus surpris dans la culture espagnole ?

Les Espagnols ont beaucoup de fêtes toute l’année. Et ils n’aiment pas avoir à travailler ces jours-là. Il est très pratiques que les immigrants sont plus souples sur les horaires de travail.

Les cours que vous pouvez suivre sont-ils en dehors des heures de travail ?

Les cours sont donnés à heure fixe et les employés qui ne sont pas en service à ce moment-là sont rémunérés pour y participer.

Vous sentez-vous « moins immigrée » depuis que vous êtes devenue gestionnaire ?

Je ne me suis jamais senti comme immigrée, ici, en Espagne.

En étant tout à la fois femme, immigrée et cadre, rencontrez-vous des problèmes d’opposition des hommes ?

Je sais que certains hommes trouvent difficile d’avoir une femme comme patron. Je n’ai pas rencontré de tels problèmes, mais je sais que la direction saurait me donner le soutien nécessaire.

Le 2 mars 2008, le CRI-Greta du Velay a organisé une table ronde sur le thème des discriminations dans l’emploi et notamment celles qui empêchent les personnes issues de l’immigration d’accéder à des postes à responsabilités. Cet échange avec des représentants d’entreprise, des salariés et le secrétaire permanent de la Commission pour l’égalité des chances, correspondant de la Halde en Haute-Loire, permet de mieux mesurer l’importance de cette forme de discrimination et de comprendre comment l’on peut agir.

Trois reportages, l’un à partir d’interviews de personnes issues de l’immigration occupant des postes à responsabilité, un autre qui montre l’opinion de la rue sur les discriminations, le dernier basé sur des témoignages d’experts européens, ont animé les échanges conduits par Denis Aboulin. L’ensemble a été filmé et monté par des stagiaires en BTS audiovisuel pour en faire un reportage de 13 minutes. Vous pouvez utiliser librement ce produit pour conduire vos propres actions de sensibilisation et prolonger les échanges.

L’ensemble de ce travail est réalisé grâce à la participation du CRI-Greta du Velay au partenariat éducatif Grundtvig M2M (Migration to management), soutenu par la Commission européenne dans le cadre du programme Éducation et formation tout au long de la vie.

Une bonne pratique pour lutter contre les discriminations



Cette méthode de recrutement a été mise au point par l’ANPE. Elle est basée sur l’identification des compétences de la personne. Elle ne prend pas en compte l’expérience de la personne ni le diplôme mais ce qu’elle sait faire. Le curriculum vitae classique n’est pas utilisé pour le processus de recrutement. Les candidats peuvent être évalués par un tiers (l’agence pour l’emploi, organisme de formation ou par un département spécifique au sein de l’entreprise). En raison de la relative lourdeur du processus, il est principalement utilisé pour des emplois pour lesquels la méthode a déjà été adaptée, comme les vendeurs, soudeurs ou dans le domaine de la construction (secteurs manquant de main-d’œuvre). Il est également mis en œuvre pour des recrutement massifs, par exemple pour l’ouverture d’une usine ou d‘un magasin. Pour chaque emploi une liste des compétences est déterminée. Lorsque c’est la première fois pour un type de travail donné, la méthode est présentée au responsable qui doit décider s’il souhaite s’engager dans la procédure. Le besoin de recrutement est analysé avec le poste à occuper et  toutes ses caractéristiques et contraintes en vue d’identifier les compétences nécessaires pour l’occuper.


Des tâches et exercices sont ensuite conçus en se basant sur un principe d’analogie et en prenant en compte le fait que la personne recrutée pourra être en mesure soit d’apprendre sur le tas, soit de bénéficier d’une formation de courte durée pour acquérir les compétences professionnelles spécifiques.


Les exercices sont ensuite présentés à l’employeur et testés avec d’autres employés pour élaborer le cadre de référence (ex. temps nécessaire), et être éventuellement adaptées. Puis le recrutement en lui-même commence avec l’évaluation des candidats. Par exemple un « vrai » magasin peut être reconstitué pour voir comment les candidats organisent le rangement. Des soudeurs peuvent être testés avec un stylo qu’ils ont à utiliser pour suivre des tracés. Ceux qui ont réussi les épreuves sont ensuite présentés à l’employeur qui décide de la sélection finale.



Le recrutement par simulation sur le site de l’ANPE.



En 2007, cette méthode de recrutement a reçu un label de la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité), dans le cadre de l’année européenne de l’égalité des chances pour tous.

Entretien avec Milena Jørgensen de l’Hôpital universitaire Ulleval d’Oslo

Milena a participé au programme norvégien pour la promotion de personnes issues de l’immigration à des postes d’encadrement. Elle est maintenant cadre intermédiaire à l’hôpital universitaire Ulleval.

Le projet de recrutement norvégien a été lancé en 2006 à partir d’une collaboration entre l’Hôpital universitaire Ullevål, les Brasseries Ringnes, Oslo Sporveier (transport public) et Vox, l’Institut norvégien pour l’éducation des adultes. L’objectif principal était de qualifier et de recruter des travailleurs d’origine immigrée à des postes d’encadrement intermédiaires.

1. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur vos antécédents professionnels (nationalité, éducation, pourquoi vous êtes venu en Norvège…) ?

Je suis né en Allemagne mais j’ai grandi en Yougoslavie (ex-Yougoslavie, aujourd’hui Serbie). Je suis ingénieur agronome de formation et j’ai également un Master en Management de la Norwegian School of Management. J’ai commencé mes études en norvégien à l’École de gestion, après avoir pris part au programme de recrutement

et j’ai étudié à temps partiel tout en travaillant à temps plein. Je suis mariée à un Norvégien et nous vivons à Oslo depuis six ans. J’ai travaillé à l’hôpital sept ans comme technicien de laboratoire.

2. Comment vous a-t-on présenté ce programme de recrutement ?

J’ai trouvé les informations sur le programme sur le site intranet de l’hôpital. J’ai d’abord pensé que je n’étais pas qualifié pour y prendre part, puisque l’une des conditions était que  les participants aient passé le « Bergenstest » (un test de langue). Quand je se suis arrivé en Norvège, ce test n’était pas nécessaire donc je ne l’ai jamais passé. Ensuite, j’en ai parlé avec notre responsable des ressources humaines qui m’a encouragé à rejoindre le programme. Elle m’a dit que cette exigence était une simple formalité et que mon norvégien était suffisant bon.

3. Quel a été votre première réaction lorsque vous avez connu l’existence de ce programme ?

J’ai pensé que c’était bien que l’hôpital mette un place des programmes comme ça. Je n’ai pas entendu parler d’autres hôpitaux offrant des programmes similaires. C’est assez difficile pour les employés d’origine immigrée qui veulent promouvoir leur carrière et améliorer leur situation professionnelle.

4. Comment évaluez-vous le programme dans son ensemble ?

Le programme était très bon. Il a donné aux participants un aperçu sur ce qu’il faut pour être un cadre intermédiaire et sur ce que cela signifie. Le programme nous a fourni le contexte théorique et la compréhension du contexte du cadre. Cependant j’ai trouvé le programme d’une portée trop large et trop générale. Les participants venaient de trois organisations différentes, de différents milieux éducatifs et avec différents niveaux de maîtrise du norvégien. J’aurais préféré que les participants soient plus égaux en terme d’éducation et de compétences linguistiques.

À mon avis, le cours aurait pu être plus intensif. Nous nous sommes réunis seulement une fois par mois et ensuite pendant trois jours. J’aurais préféré une rencontre d’une semaine au lieu de seulement trois jours. J’aurais également aimé avoir plus de devoirs, avec des tâches plus concrètes à faire à la maison entre les regroupements. J’aurais gardé une motivation plus forte si j’avais pu rencontrer mon groupe entre les réunions, pendant mon temps libre.

5. Qu’est-ce que vous avez appris de plus important ?

La chose la plus importante pour moi, c’est que j’ai acquis une meilleure compréhension des différentes cultures. Bien que l’hôpital Ulleval soit un milieu de travail multiculturel, dans mon quotidien, je travaille principalement avec les Norvégiens. C’est durant le programme que j’ai vraiment réalisé que nous interprétions les choses différemment, en fonction de notre contexte culturel. Ce peut être par les paroles ou par son comportement. Comme gestionnaire, il est crucial de comprendre réellement ce que les gens disent. Ceci est particulièrement important dans un milieu de travail caractérisé par la diversité culturelle. Nous étions divisés en groupes et nous avons dû dire aux autres ce que nous pensions de leurs points forts et faiblesses. J’ai compris que d’être une femme cadre peut parfois être un défi. Par exemple, selon certains participants une femme cadre n’est pas prise au sérieux si elle sourit trop.

Un autre résultat important pour moi portait sur le développement de soi. Nous avons eu à nous pencher sur nos propres faiblesses et les points forts et a travailler sur eux. Je suis ainsi devenu très consciente de mes propres faiblesses, par exemple ma tendance à devenir très vite impatiente.

6. Que pensez-vous de la méthodologie du programme ?

Les conférences ont été très variées. Mais j’ai manqué plus d’attention à TIC et de l’utilisation d’Internet et des courriels pour communiquer. Tous les participants n’ont très familiers avec les TIC et e-mails, et maintenant vous devez savoir communiquer par e-mail et Internet.

7. Pensiez-vous postuler à un poste d’encadrement intermédiaire avant de participer à ce programme ?

Non, je n’aspirais pas à un poste de cadre intermédiaire avant le cours. Mais au cours du programme j’ai compris que je pouvais effectivement devenir manager. Ma confiance en moi s’est encore renforcée. J’ai aussi remarqué que j’ai une très bonne éducation de base. En me comparant aux autres participants, j’ai compris que je maîtrisais bien le norvégien, et que j’avais une bonne compréhension de la culture norvégienne. J’ai aussi appris qu’il m’est possible de changer dans une certaine mesure, qu’il y a un certain potentiel d’amélioration. Il faut arrêter de penser que « je suis comme je suis et cela ne peut pas être changé ».

En tant que gestionnaire, je dois afficher une image complète des choses et garder à l’esprit ce qui est important pour l’hôpital ou pour mon ministère. J’ai une meilleure compréhension de la façon dont une organisation fonctionne.

8. De quelle manière le programme a influencé votre journée de travail ?

Je suis plus préoccupé par la façon dont je parle avec mes collègues et je prends soin de leurs besoins. Je veux inspirer mes collègues, montrent que je me soucie d’eux et je tiens à faire preuve de souplesse dans ma relation avec eux. Je comprends également mieux qu’auparavant que lorsqu’il y a des changements en cours dans l’organisation, c’est en fonction de perspectives à long terme.

Je suis un cadre intermédiaire aujourd’hui, mais sans avoir la responsabilité du personnel. Je vise d’autres postes de direction dans l’avenir et je garde un œil sur les offres d’emploi interne. J’aime particulièrement l’aspect multiculturel du travail à l’hôpital. Je trouve les questions multiculturelles très intéressantes et engageantes. Cela tient peut-être au fait que je suis mariée à un Norvégien et que je sente que j’appartiens à deux cultures.

9. De quelle manière ce programme a-t-il influencé les attitudes de vos collègues envers vous ?

Je ne pense pas que le fait de participer au programme a changé les attitudes de mes collègues. Notre unité est petite et je travaille ici depuis si longtemps. Nous nous connaissons déjà bien.

10. Peu de cadres en Norvège sont d’origine immigrée. Pour quelle raison, à votre avis ?

La raison principale est la barrière linguistique. Il n’est pas si difficile d’apprendre le norvégien. Mais la vraie difficulté est de déchiffrer le code culturel et de bien comprendre le sens des mots que vous utilisez. Lorsque vous arrivez dans un nouveau pays en tant qu’adulte, vous devez travailler très dur pour apprendre la langue. J’ai moi-même travaillé sur mon norvégien en permanence et je suis très consciente de ce sujet.

Puis il y a le fait que les immigrants arrivent avec une éducation différente. Et il est très difficile d’avoir vos études validées même si c’est moins difficile quand vous venez d’un autre pays européen.

Les immigrants très souvent, manquent d’un réseau qui est pertinent dans la vie professionnelle. Ce genre de réseau est quelque chose que vous créez durant vos études et quand vous avez étudié dans un autre pays, ce réseau vous manque.

En tant qu’immigrant, vous devez être particulièrement ouvert, extraverti et communicatif si vous aspirez à un poste dans l’encadrement intermédiaire.

La plupart des gens préfèrent aussi embaucher et parler aux gens qui leur ressemblent. C’est plus simple et ils se sentent plus en sécurité car ils savent ce qu’ils peuvent en attendre. C’est aussi une des raisons pour lesquelles les employés issus de l’immigration ne sont pas recrutés à des postes de direction.

Il existe d’autres obstacles, par exemple, les immigrants ont souvent peur. J’ai lu moi-même ce qui était écrit dans les journaux sur les immigrants impliqués dans la criminalité, etc., et je me demande ce que les Norvégiens qui me regardent, pensent de moi. Ceci diminue la confiance en soi. Cet aspect a changé en revanche pour moi. Mon mari m’a aidé à gagner la confiance.

Un autre obstacle est que de nombreux employés d’origine immigrée ne se sentent pas bons ou pas assez intelligent. Ils pensent que les Norvégiens n’aiment pas ce qu’ils font et leur façon de faire les choses. Je pense que c’est surtout les femmes qui pensent de cette manière. Il est important pour les employées issues de l’immigration de sentir qu’elles sont acceptées et respectées par les Norvégiens.

11. Que peuvent faire les employeurs pour recruter davantage de cadres d’origine immigrée ?

Ils doivent montrer que c’est vraiment important pour eux comme cela ce fait ici, à l’hôpital. Il y a toujours des cours auxquels vous pouvez y assister, et les ressources humaines sont continuellement à la recherche d’employés ayant les bonnes qualifications à qui l’on peut proposer par la suite une formation pour devenir cadre.

Pendant ma dernière année à la Norwegian School of Management, il y avait des conférenciers de plusieurs hôpitaux norvégiens et j’ai appris que l’hôpital Ulleval est le seul hôpital de Norvège à avoir un programme pour qualifier et recruter des cadres issus de l’immigration. Cela m’a surpris étant donné que tous les hôpitaux en Norvège ont beaucoup d’employés d’origine immigrée, infirmières, médecins et tout type de personnel.

12. Que peuvent faire les employés issus de l’immigration eux-mêmes pour être recrutés à des postes de gestion ?

Ils doivent être plus offensifs, ne pas se cacher. À mon avis, de nombreux salariés issus de l’immigration ont tendance à se retirer du marché du travail. Ils pensent que le travail qu’ils ont déjà leur suffit et qu’ils ne peuvent pas demander plus car ils sont immigrants et que les Norvégiens ont le droit de réclamer les meilleurs emplois. Les immigrants doivent travailler sur eux-mêmes, travailler dur, être ambitieux et ne pas hésiter à appeler au téléphone quand ils trouvent une annonce d’emploi intéressant pour lequel ils pensent être qualifiés. Bien sûr, cela peut être difficile : vous ne vous sentez pas toujours à l’aise ou confiant lorsque vous ne maîtrisez pas la langue assez bien.

Si leur formation antérieure n’est pas valable en Norvège ou s’il n’y a pas de demande pour le type de qualification qu’ils ont, ils doivent continuer à se former eux-mêmes. C’est possible de le faire en Norvège.

13. Comment allez-vous vous comporter quand vous serez cadre ?

Je veux rendre les gens impatients d’aller au travail et faire qu’ils soient rarement en congé de maladie. Je veux créer un sentiment de communauté parmi les collègues. Je veux qu’ils se développent et acquièrent plus de compétences. Je souhaite également créer une atmosphère où les gens se soucient les uns des autres.

Un programme de recrutement norvégien a expérimenté en 2006-2007 une méthode pour faciliter l’accès des employés issus de l’immigration à des postes d’encadrement.



Pourquoi ?



Dans certaines grandes organisations, ce sont les employés d’origine immigrée qui sont les plus nombreux, mais on les trouve rarement en haut de la hiérarchie, ni même à des postes d’encadrement intermédiaire.


Ceci est considéré comme regrettable pour plusieurs raisons. Si des talents ne sont pas utilisés, c’est aussi un problème démocratique, car cela veut dire qu’il n’y a pas de chances égales pour tous. Il serait utile aussi de dégager des modèles d’identification positifs pour les générations plus jeunes, de leur prouver qu’il est possible de s’élever dans la hiérarchie et de faire carrière.



Objectif



L’objectif principal du projet de recrutement norvégien a été de qualifier et de recruter des travailleurs d’origine immigrée à des postes d’encadrement intermédiaire. Le programme a été conçu pour leur permettre de demander et d’obtenir des postes de cadres moyens dans une situation de concurrence avec d’autres demandeurs d’emploi.



Les partenaires



Ce projet a été lancé en 2006 par L’hôpital universitaire Ullevål, les Brasseries Ringnes, une société de transport public (Oslo Sporveier) et Vox, l’Institut norvégien pour l’éducation des adultes. Une société de conseil, Statskonsult, était responsable du contenu des cours et des méthodes pédagogiques. Les partenaires sociaux ainsi que le ministère norvégien de l’éducation ont été également partie prenante dans le projet financé par le programme national pour le développement des compétences, du ministère de l’éducation.



Le programme



Il y a eu cinq phases :



Phase 1. la cartographie des besoins et des freins


Phase 2. Conception du programme


Phase 3. Recrutement des participants


Phase 4. Mise en œuvre de la formation


Phase 5. Evaluation


 



Phase 1 : Cartographie des besoins des participants



Avant le début de la formation, les besoins et les obstacles ont été analysés. Deux groupes de discussion ont été créés dans chaque entreprise, l’un avec ceux qui avaient déjà un poste d’encadrement (pas seulement les immigrés) et l’un pour les employés (cadres à potentiel dans le futur). Les deux groupes ont discuté de ce qu’il faut pour accéder à des responsabilités, des besoins de formation et des obstacles pour ceux qui aspirent à des postes de direction. Il y a eu deux groupes différents pour faciliter la parole des employés.


Phase 2 : Conception du programme, le contenu


La formation comprend le développement personnel et la capacité à trouver son rôle en tant que leader. Il a également été nécessaire de développer compétences en communication. Le cours comprenait des contenus théoriques et pratiques avec des exercices (jeux de rôle, etc.).


Phase 3 : Le recrutement des participants


Pour être retenus, les employés devaient avoir de bonnes compétences linguistiques, avoir les qualifications nécessaires et avoir un bon comportement au travail. Le dernier critère était l’estimation de leur potentiel de leadership. Tous ont été sélectionnés par leurs supérieurs afin de s’assurer d’une sélection adaptée. Aucune garantie n’a été donnée aux participants quant à leur accès à un poste d’encadrement à l’issue de la formation. Ils seraient dans l’obligation de postuler, comme les autres employés.  Ils auraient également aussi la possibilité de postuler pour des postes de direction dans d’autres organisations.


Phase 4 : Mise en œuvre de la formation



Les participants


Dès le début, il y a eu 45 participants entre 24 et 54 ans des trois organismes : 20 de l’hôpital, 5 de la brasseries et 20 des transports. Environ 70% des participants étaient des hommes. Ils étaient de 19 nationalités différentes. 42 des 45 participants initiaux ont terminé la formation d’un an. Certains avaient une formation du supérieur, certains une expérience du leadership alors que d’autres n’avaient que deux ans de travail. Trois personnes ont quitté le programme avant l’examen.


Le contenu


La phase 2 a décidé que le programme devrait se concentrer sur :

  • le développement personnel des participants
  • leur capacité de formation
  • la capacité des participants à trouver leur rôle en tant que leaders
  • les compétences en communication
  • des exercices théoriques et pratiques (avec des jeux de rôle)

L’approche théorique du programme a été formalisée par le Collège universitaire d’Oslo. Chaque participant a eu un mentor sur son lieu de travail. A l’hôpital universitaire Ullevål, la plupart des directeurs ont été mentors.



L’organisation du cours


Les participants ont été rassemblés dans quatre séminaires. En outre, chaque organisation a conduit ses propres séminaires internes avec des programmes d’intérêt particulier pour chacune.


Phase 5 : Evaluation


Le cours s’est terminé par un examen écrit au Collège universitaire d’Oslo (5 crédits ECTS). 75% des participants ont réussi le test. Ceux qui l’ont raté avaient une formation de base ou des compétences linguistiques insuffisantes . L’examen n’a pas évalué ni reconnu les compétences acquises pendant la formation (compétences de communication et techniques de présentation, développement personnel, etc.), et cela a été une des principales critiques contre le cours. Tous disent avoir progressé sur le plan du développement personnel, même ceux qui ont échoué à l’examen, et tous ont estimé avoir beaucoup appris. Tous ont tenu un carnet de bord individuel.



10% des participants ont obtenu des postes de direction immédiatement après le cours.


Plusieurs participants de l’Hôpital universitaire Ullevål ont continué à suivre une formation et participants ont obtenu des postes d’encadrement intermédiaire ultérieurement. A la brasserie, une personne sur les quatre a été promu ultérieurement. Dans l’entreprise de transport, une personne sur les vingt à la fin du programme.


Le coût par personne était d’environ 10 000 euros (sans compter leur remplacement).


L’expérience et les leçons tirées du projet



Les participants


La formation a permis d’apprendre et de soulever des questions. L’hôpital d’Ullevål a réalisé qu’il aurait été préférable d’avoir un système mixte avec des employés non issus de l’immigration. Cela aurait facilité la compréhension de la culture norvégienne liée à la vie active. En outre, il est important de développer un bon réseau, comprenant également des Norvégiens. Mais aussi pour une question de justice et de démocratie. les employés d’origine norvégienne ont estimé ne pas avoir eu la même possibilité de se qualifier.



Obstacles


La phase 1 a permis d’identifier des obstacles au plan individuel et au niveau de l’organisation. Les plus importants sur le plan individuel sont une insécurité personnelle et un manque de confiance en soi et de capacité à prendre des initiatives. Existent aussi la peur de l’opposition des employés avec la même origine, trop peu de connaissance et de compréhension des lois norvégiennes et de la manière d’agir des dirigeants norvégiens. Enfin c’est plus généralement une méconnaissance de la culture en général, et un manque de compétences linguistiques.


Au niveau de l’organisation, les obstacles les plus importants semblent être l’absence de plans de développement de carrière et la discrimination.


Après la fin du programme



L’hôpital universitaire Ullevål a commencé un nouveau cours au printemps 2008 avec 48 participants dont 26 issus de l’immigration. Les employés avec une formation universitaire suffisante se verront offrir un certain nombre de places pour une formation commerciale complémentaire afin d’être en mesure d’obtenir un master en leadership.

L’objectif de CA-ME est de sensibiliser et de former les travailleurs des secteurs sanitaires et sociaux, et de la restauration collective pour qu’ils soient capables de prendre en compte les besoins des personnes de différentes cultures quand elles vieillissent ou qu’elles ont des problèmes de santé et qu’elles sont prises en charge dans des lieux d’accueil collectifs.

Des ressources pour sensibiliser au travail dans un contexte multiculturel et pour faciliter les conversations avec des personnes de différentes origines sont en cours d’élaboration.

Les pays participants ont des niveaux d’expertise et de pratique plus ou moins avancés dans la prise en compte des différences de culture dans les secteurs visés. Ce travail en commun au plan européen permet aussi de faire des transferts des meilleurs résultats pour faciliter l’intégration de toutes les personnes issues de l’immigration tout en tenant compte des situations historiques, culturelles et économiques variées.

CA-ME est soutenu par la Commission européenne dans le cadre d’une action Leonardo de transfert d’innovation.

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L’accès à des postes à responsabilité en adéquation avec les compétences et l’expérience des individus est important non seulement pour améliorer leur propre participation mais aussi par effet d’entraînement et par effet de modèle, pour faciliter l’intégration de toutes les personnes issues de l’immigration. M2M veut agir à deux niveaux : les immigrés eux-mêmes et leur environnement socio-économique.

Quelle est la situation des immigrés dans les différents pays et quels sont les meilleurs pratiques et modèles pour qualifier et recruter les travailleurs immigrés dans des postes adaptés à leurs qualifications (critères de succès, principales barrières et stratégies pour les surmonter) ? Quels sont les besoins particuliers des travailleurs immigrés aspirant à des postes d’encadrement et quelles sont les barrières ressenties. Un changement d’attitude et une prise de conscience des personnes concernées mais aussi des chefs d’entreprise est nécessaire.

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